Les types de liens entre les principes des sexes comme voie. "l'éternité est amoureuse des productions du temps"



(tatouage japonais, n.c.)

La règle ferme et définitive qui règle les rapports entre époux est nécessité par la perpétuation de la lignée et de l'Ordre humain, participations de l'homme et de son corps aux espèces analoguées de l'éternité. Mais ce n'est pas le seul type de liens possible et tolérable, si la réflexion se porte sur le domaine politique. Le politique n'est pas un domaine séparé, mais il n'en est pas moins dans l'Âge de fer doté d'une certaine autonomie. Cette autonomie se marque déjà dans la Loi de Manou, mais on en retrouve des références claires dans l'Évangile. La difficulté du sujet me fait le renvoyer sur ces mots.

Les règles d'application des règles montrent que la loi n'a pas de validité infinie. Cette validité a des limites temporelles, géographiques, mais aussi hiérarchiques, et des exceptions de principes pensables. Le discernement est justement l'application subtile de la Loi, dont le maître donne l'exemple, car la règle est pour l'homme, et non l'homme pour la règle.

La question des types de liens d'ordre humain et sexuels, comme tout type de discussion sur un domaine défini des liens multiples qui forment le tissage des mondes, se résout par l'application des règles principielles des liens à ce domaine particulier. En sorte que la question des types de liens entre le pôle masculin et le pôle féminin correspond à l'application locale de l'analogie principielle.

Je dois ici exprimer une réserve liée à la progression de la réflexion. L'analogie principielle, ou archétype, est l'analogie primordiale, à laquelle répondent la totalité des autres analogies analoguées sur elle, sur le modèle du tissage, activité archétypale dans l'art traditionnel. Mais cette analogie primordiale, qui correspond à la scène fondatrice du récit que re-crée le rite en la représentant, sur le modèle de l'Eucharistie, n'est peut être pas certaine dans tous les cas. Il se pourrait que le tissage tout entier d'une analogie soit circulaire et non hiérarchisé ; que seule la perspective d'une monade fasse de l'un quelconque le premier ; ou encore que certain tissages soient hiérarchisés et d'autres non, avec toutes les boucles et les recouvrement que permettent deux types non exclusifs. Cette réflexion amène aussi à dire que la représentation dans son mouvement est une structure archétypale, et donc que le spectacle en soi n'est pas exténuation de l'être-la société du spectacle ne doit viser qu'un type de spectacle, et il est des spectacles ontologiquement supérieurs à leurs acteurs et spectateurs. Le spectacle visé par la métaphysique de la virtualité est peut être alors une spiritualité à rebours. Ces questions sont fondamentales dans l'ordre sexuel, car le sexuel est fait de spectacles très puissants ; et que les analogies qui le parcourent sont fondamentales pour en établir le sens.

Dans le cas du couple humain, il semble que plusieurs archétypes se croisent, et qu'ainsi le couple s'analogue à plusieurs archétypes, soit selon les cas de couples, dont le Kama Sutra montre une typologie, soit simultanés pour un même couple mais emboités sur un modèle hiérarchique. Le fait d'être en même temps au même lieu n'exclut pas la pluralité des règles ; le singulier peut être en même temps le particulier de plusieurs mondes nomiques. Ceux-ci ne sont pas alors contraires, mais contradictoires, c'est à dire que l'entendement ne peut les pénétrer que successivement. La totalité est impliquée comme l'œuf du monde en un instant archétype ; mais l'explication du monde déroule la roue des temps.

Pour qu'une explication locale ait lieu, pour qu'un lien soit formé à travers une polarisation dans un tissage, les deux polarités doivent être opposées et complémentaires.

Opposées, car elles sont séparées par ce qui les relie à distance ; sans distance il n'y a pas de polarité, mais identité, et rien ne peut apparaître,aucun lien n'acquérir de puissance . Cela correspond à la malédiction du figuier stérile . Le lien produit les polarités par l'obstacle qu'il représente entre elle, alors qu'elles aspirent, en tant que polarités, à faire cesser cette blessure dans l'Un . Mais les polarités aspirent aussi, en tant que monades partielles,monades sous certains aspects seulement, à persister dans l'être et à développer leur puissance, et donc à accentuer leur polarisations en étant le noeud d'échange d'autres et d'autres liens . Cette double aspiration de sens contraire, volonté de puissance et nostalgie, cette aspiration à deux faces est justement le moteur de la polarité, et son principe directeur . C'est le désir, comparable à Janus . Le désir de produire est centrifuge, et le désir d'union est centripète . Ces deux états du désir passent l'un dans l'autre et s'entrelacent.

Complémentaires, en ce qu'elles portent la mémoire obscure de leur union comme plénitude, et en ce que chaque polarité déterminée produit par sa propre activité imaginale des images de l'opposé auquel il aspire pour connaître à nouveau la plénitude . Toute polarité tisse des liens possibles qui doivent s'actuer. Cette plénitude attendue du lien est à la fois l'analogie de la plénitude archétypale à laquelle est destiné l'être humain, obscurément connue de l'âme ; et peut être le fruit d'une illusion, d'une mé-connaissance, qui fait que l'attente, l'anticipation imaginaire dans la rêverie, de cette plénitude a lieu dans une mondéité unidimensionnelle, que l'infini est attendue du fini . La plénitude que le mortel apporte par soi au mortel, aussi haute soit-elle est une plénitude déterminée, comme Boulgakov l'a bien compris dans « Le Maître et Marguerite ». Pour rendre justice à Boulgakov, cette plénitude finie peut être autosuffisante dans le mythe, sinon dans la réalité. Le prince charmant est une illusion, pas l'ami, pas l'amant de valeur et des jours.

De plus ces images produites, phantasmes, ne correspondent pas à l'objet véritable du désir, mais à une production fermée sur soi et son propre désir, c'est à dire là encore source d'illusion. Une polarité ne peut se connaître aisément comme partie. Elle porte en soi même l'empreinte analoguée de l'Un, de sorte qu'elle peut être dite une, mais dans un ordre inférieur à celui qui la définit comme partie . Cette ignorance est la cause de deux illusions ontologiques.

La première est de croire que la personne forme un tout consistant, et que les liens de la personne sont seconds, là où ils sont en réalité constitutifs du « moi » . Descartes en ses « méditations métaphysiques » développe au maximum cette illusion ; car comment dirait-on « je pense » sans l'appui de la langue, de ce lien entre les hommes; et cette source céleste de la Révélation ; et comment pourrait-il douter s'il ne connaissait la vérité préalablement, prouver sans connaître la preuve...la créature ne peut faire table rase sans disparaître .

La deuxième illusion porte sur le désir. Le désir est lié à l'essence de l'homme en tant que partie ; et c'est bien plutôt l'objet du désir qui me lie, que « moi » qui par volonté définis mon désir . Les affres de la passion et le danger des liaisons dangereuses ne peuvent se concevoir sans cette structure du désir . Quel danger aurait la jeune fille pure qui serait la maîtresse absolue de sa vertu, de la définition de son désir -c'est à dire qui ne désirerait pas! de fréquenter un libertin manipulateur? La liberté et le désir sont contradictoires mais réunis par l'illusion qui consiste à ressentir le désir comme volonté du moi : je veux tellement posséder cet objet! Eh bien ça veut, et je n'y peut pas grand chose . Ça veut, et je dis je veux . Je trouve des raisons légitimes à postériori de vouloir . Je justifie mon désir par ma volonté . La jeune veuve pieuse veut convertir le libertin dont elle désire le corps . L'essence de l'homme réside dans le déchirement, et la volonté individuelle des modernes n'opère que illusion de synthèse entre les deux pôles constitutifs du désir.

Cette illusion de synthèse, que produit le je veux accouplé à la direction et à l'objet capricieux du désir, est ce qui rend si manipulable les hommes par l'économie du désir. L'homme de l'Âge de fer porte en lui cette ignorance de sa nature de partie, son essence d'inachevé . Il porte en lui la construction imaginaire de son objet de désir par lui même, comme un objet du désir produit par sa volonté finie dans les limites étroites de son monde propre, alors que cet objet est en vérité d'ordre supérieur et étranger à sa volonté . Loin de consolider l'identité de la personne, l'identification au désir rend le moi aussi transparent et mobile qu'un feu follet s'élevant au dessus de la fermentation lunaire des marécages du spectacle . Le caractère massif des phénomènes grégaires dans l'Âge de fer montre cette illusion d'identité et de liberté produits par le spectacle, la réduction de la liberté au spectacle de la liberté, ou à la possibilité commerciale d'acheter les signes extérieurs de « l'originalité », de la « forte personnalité ».

En bref l'Âge de fer comprend l'assouvissement du désir comme liberté, plus même pense l'essence de la liberté comme assouvissement du désir, là où les mondes humains voyaient la liberté comme libération du désir.

Cette thèse illusoire porte la pensée de l'Âge de fer vers des impasses . Le désir n'est pas liberté, mais jeu avec la liberté. Voyez cette invention médicale des modernes, le « complexe sadomasochiste », un nom laid et stigmatisant, l'équivalent moderne de la sorcellerie, pour désigner l'essence même de la polarité sexuelle, ce que soutient aussi V. Despentes . Le désir peut vouloir dominer la liberté de l'autre. Le désir de voir son désir dans les yeux d'un autre, le désir de dominer l'autre par son désir.
Plus curieusement encore pour l'anthropologie du Système, le désir peut être désir le désir d'être possédé, ravi par une délicieuse violence, traversé par le désir de l'autre comme par la possession de moi par un autre, le désir d'être absorbé par sa puissance. Ce genre de désir très répandu est pourtant médicalisé comme pathologique, tant il est contraire à ce qui est « convenable ». C'est Virginie Despentes qui a le mieux écrit sur ce sujet dans « King Kong Théorie ». « Être attiré par ce qui vous détruit ». En vérité, le désir ne s'identifie pas au désir d'exercer une puissance, mais aussi à des désirs d'être objet d'une force .
Le désir d'entrelac cru sur la chair se pare de paroles, de symboles fleuris pour se dissimuler à ses propres regards, plus encore pour la « correction morale » de la femme que de l'homme . Le fantasme cru apprend plus sur ses liens que le texte convenu, il est davantage signe et voie.

Le politiquement correct qui pose la toute puissance individuelle et le corps comme une propriété, et la nécessité d'un accord explicite pour l'œuvre de chair comme pour le mariage ne permet pas à notre civilisation de laisser être le caractère de transe, d'être autre que soi-même, de dépassement des limites individuelles de cette œuvre . L'Âge de fer ne laisse à l'expression de la sexualité que ce qui le sert ou l'illustre , et condamne comme criminel ou pathologique les désirs qui sont contraires à son anthropologie unidimensionnelle . Cela est particulièrement vrai de la sexualité féminine, encore plus obscure à la pensée moderne que la sexualité masculine, laquelle est au fond le modèle implicite de sexualité des féministes sexuellement actives.

Quant à l'oligarchie, elle a délégué l'oppression par capillarité à tous ceux qui étaient des opprimés de l'ordre patriarcal post-révolutionnaire, porté par le Code civil. L'extension du domaine de la lutte est une expression d'une redoutable justesse ; c'est l'extension du marché libéral et de la technique au domaine des relations entre les sexes ; et cette libéralisation, cette constitution des rapports entre les sexes comme un marché a reçu le nom de "libération de la femme", là on on devrait plus justement dire libéralisation de la femme. La logique de travail et d'épargne de la marchandise pousse les femmes à se valoriser sur le marché du sexe. La valorisation passe par le calcul de l'échange au plus près, la rareté voulue qui fait monter les prix et le désir, sur le modèle du marché du luxe, et le refus de la gratuité, des « salopes », que les femmes n'apprécient que quand elles veulent passer pour moralement convenables et solidaires avec les « autres femmes ».« La libération de la femme » fait de la féminité une marchandise sur un marché, et lui interdit gratuité et spontanéité . La femme est "propriétaire de son corps" et en retire des avantages que l'oligarchie lui facilite par la maîtrise de la conception. La maîtrise de la conception n'est pas seulement une question morale mais une question de puissance. Combien de femmes admirent sincèrement Catherine Millet ?

Le rapport sexuel chez une femme convenable du Système est dosé, hygiénique, pensé soit en terme de retrait émotionnel, quand il est question de plaisir ou d'avantages, soit pensé comme insémination valable, comme réflexion sur les avantages d'avoir un enfant, mais de toute façon pensé, envahi par la pensée.

Comme dans le mariage romain, la femme est passée d'une souveraineté à une autre, dont on ne lui montre que les avantages, et surtout les avantages pour la jeune fille séduisante, non pour toutes celles, majoritaires, qui sont démonétisées, « toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf » et qui trouveraient beaucoup mieux leur place et leur dignité dans le rejet du Système que dans la soumission de masse à leur « libération ». Mais comme toujours, les humiliées préfèrent s'identifier au vainqueur et épouser sa cause, ou plutôt être de sa cause, « en tant que femme », et se raidir la nuque faute des tétons en entendant la critique de Paris Hilton . « Les derniers vestiges, consternants, de la chute du féminisme. »

Dans l'Âge de fer, la puissance du sexe comme puissance de savoir des liens de l'ego, comme puissance de Voie, est plongée dans l'ignorance et l'obscurité . L'idéologie du Système en rend la compréhension impossible, tout en se présentant comme « libération », « libération de la femme », « libération sexuelle ». Elle n'est que la négation illusoire des entraves, le « faire comme si ça n'était pas »du spectacle et du rôle social . Pourtant cette puissance demeure derrière le voile.


Revenons à la puissance du sexe, par la production des images des objets du désir comme phantasmes et comme poiésis.

Chez les gens de faible soif et de faible désir, le filtrage de leur attente par la censure morale, et la construction de la rêverie par les rêveries proposées par la société du spectacle, avec des images d'îles, de palmiers, de corps lisses et bronzés vêtus par Dolce et consorts ; risque de produire l'incapacité de s'ouvrir à son désir propre, et donc à approcher ses images archétypales. Ainsi Virginie Despentes parle-t-elle de manière authentique de ceux qui refusent d'explorer leurs fantasmes de peur de savoir ce qui les touche réellement, ce qui les possède réellement, car le désir n'est pas sous la puissance du je, mais est une force qui n'est liée à l'ego que par la nécessité de cohérence de soi, et à postériori.

Il s'ensuit que cette production peut être d'une richesse et d'une pauvreté variable comme sont variables les êtres humains ; le hanneton désirant le hanneton, un artiste étant capable de produire une image universelle du désir d'autant plus archétypique et puissante que son génie propre est impacté par la forme universelle de la volonté de puissance et de la nostalgie . Ce génie propre qui est d'être comme le miroir et l'image de Dieu et donc des mondes, de n'être rien de propre, d'avoir une âme et une force sans avoir d'identité, car toute identité est négation. L'artiste de génie est un volcan dressé par la violence de l'expérience humaine, une guerre interne de désir de folie et de mort, de déchirement et de haut désir, comme on dit haut mal. A ce titre il peut faire pacte avec la cruauté, comme avec la vérité ; et cruauté et vérité ne s'excluent nullement dans le cas de l'homme.

Dans la formation d'un lien de règle sociale ferme et définitive lié à la perpétuation du lignage, de la langue et de l'Univers, les images produites qui entrelacent les amants avant de les conduire à ce lien inconditionnel ne sont pas seulement des images produites par leur creuset imaginal intime, qui correspond à ce que la tradition appelle leur étoile, l'archétype céleste qui porte la couleur spécifique de leur être ; ce sont aussi des images liées à leurs mondes et à leurs univers culturels, les images des bons pères et des bonnes mères, les images de leur milieux sociaux, de leur tribu, de leur famille, inscrites dans leur substance. La caractéristique du mariage est effet de créer un lien non entre des individus, mais entre des lignages, et c'est la raison pour laquelle le mariage est un acte politique, en plus d'être d'engager l'homme et la femme en leur privé.

Mais les personnes sont des tissages de tissages sur la hauteur, la largeur, la profondeur ; des êtres participant à d'autant plus de mondes hiérarchisés ou parallèles que leur nostalgie et leur volonté de puissance étendent à l'indéfini des rameaux, comme des volutes de fumée s'élevant d'un feu dans l'air glacé, immobile, d'une aube des mondes sur la brûlure du soleil noir du désir. La vie de l'homme est comme la circumbulation des grands navires dans les mers du Sud il y a deux siècles, semées de désirs, de crapuleries, d'îles. Aussi les déterminations légitimes du monde de l'Ordre humain ne forment-elles qu'un des horizons que parcourt le regard du prédateur, avide d'horizon et d'envol. Car il a besoin de lettres de marque pour pouvoir revenir parmi les hommes après l'affrontement des grands vents. Sinon, il coupe les ponts, et devient proche de la bête sauvage, sur les falaises où les loups se vivent de vent.

Un Univers humain authentique, une civilisation ouverte à l'abîme, à l'Enigme, doit justement défendre la liberté, antérieure au droit, de tels hommes, sans en faire la règle du peuple, et même en l'interdisant avec rigueur . Une civilisation authentique ne peut avoir de loi universelle qu'en principe, mais pas dans l'enseignement ésotérique. Le Maître ne cesse de le manifester, entre sa défense de la Loi, et son acceptation de transgresseurs de la Loi.

C'est encore une faiblesse que de réaliser cette brûlure dans des mondes imaginaires humains produits pour permettre la domestication de la volonté de puissance, quand ils ne servent plus, aux temps de l'enfance, à ouvrir le jeune esprit à l'indéfinité des mondes qui scintille comme les écailles du Dragon . Ainsi le roman, un genre faux trop souvent ; et bien sûr les jeux, les spectacles comme le cinéma...tout cela tend à la pornographie ; la pornographie, c'est l'excitation apparente du désir, sa réalisation apparente, avec la réalité de la misère, de l'absence. Et très souvent de la répression et de la honte. Des hommes jouent la domination totale sur des femmes, mais ce sont elles qui dominent complètement leurs spectateurs, par le désir, et pour l'argent. L'entéléchie de la pornographie est celle du Système . C'est l'oubli temporaire de la réalité, l'opium par excellence. Les films d'action et d'aventure, ou de gangsters, sont structurellement dans la fonction de la de la pornographie, en ce qu'ils masquent la domestication réelle de leurs spectateurs par la jouissance du spectacle de la sauvagerie, de la puissance et de la domination.

L'analyse de la pornographie générale du spectacle, d'autant plus sexuel et violent que les spectateurs sont castrés et domestiqués, à l'image du peuple romain de l'empire privé des grandes conquêtes et des faits d'armes des guerres civiles, et nourri des cruautés du Cirque, cette analyse dit deux faits qui doivent être cachés par et pour le politiquement correct.

Le premier est la réalité du désir de violence sanglante, de puissance et de violence sexuelle que porte la volonté de puissance.

La répression modernes des puissances archaïques, principielles matérielles, de l'âme ne peut dissimuler entièrement leur être . Cette réalité devient spectaculaire comme puissance mise à profit par une politique totalitaire, comme particulièrement dans le nazisme, ou simplement en période de guerre civile. Dracula en est la haute figure mythique, comme Mr Hyde. Car dans notre culture, cette source qui s'est insinuée sous le sol rejaillit comme fascination durable et exaltation culturelle du crime. Le crime est partout, dans les jeux, dans les images, dans les livres ; le crime est un produit de consommation depuis Jack the Ripper au moins. Le romantisme noir et gothique est aussi un filet d'eau souterraine de ce type. Les grands Anciens maléfiques de Lovecraft sont-ils autre chose que le secret de l'antique malédiction, du Serpent archétypique? Mais le maître de la représentation par l'art de ce désir est Isidore Ducasse, comte de Lautréamont. « Alors il s'aperçut qu'il était né pour le mal... »

La répression du « ça » par le « surmoi », et le "ça" devenu inintelligible sinon par le biais de symptômes, mais sorti des mondes propres comme de l'Univers commun, n'est pas une structure constitutive de toute personne, mais une structure culturelle de l'Âge de fer . Plutôt que d'être réprimée chez l'homme noble, cette puissance archaïque, Dionysos ou la redoutable figure du Loup, est déterminée afin d'être mise au service de son entéléchie. Le vocabulaire psychanalytique de la sublimation ne peut cacher son inspiration alchimique refoulée...Ce qui apparaît contraire à l'Ordre humain peut être aussi bien la manifestation de forces inférieures que la foudre et l'incendie des Cieux, et le discernement est des plus rares. La même manifestation, liée à la perspective d'un regard, peut avoir des sens absolument différents.

L'homme noble se sait pécheur, et n'éprouve pas le besoin de se cacher le mal qui le constitue ; bien plutôt, ce mal est une puissance, une matière obscure qui attends la forme de l'Art . Cela ne peut être vraiment compris des hommes moraux de cet âge , et ainsi ces hommes ne peuvent que médicaliser leurs discours sur Nietzsche quand il en comprennent vraiment la teneur (sinon, ils peuvent aussi nous proposer d'en faire un « bon usage », entendez un « usage » conforme à leur fin, ce qui autorise et même promeut le contresens et l'usure ), Jérôme Bosch ou Walter Sickert .

Il n'y a pas pourtant d'autre voie de rédemption que de se connaître soi-même, de regarder l'Abîme ; et l'Âge de fer préfère le mensonge à la reconnaissance des mondes souterrains du coeur.

Le désir du Loup ne doit pas être éteint mais doit advenir dans le réel. Là a lieu le vrai combat ; la les images des vains spectacles de l'imagination se confronteront au réel, à la lourdeur obscure de la matière, que cette matière soit terre, signes, symboles ou personnes. Les états multiples des types de liens permet de réaliser la multiplicité que porte l'homme, image des mondes . L'âpre saveur de la vie, l'odeur mêlée du sang et des roses n'est pas l'essence d'un ordre humain unidimensionnel, mais d'un univers de labyrinthes, et de miroirs, un étincelant kaléidoscope de glace . Les liens sont nécessairement les orbes célestes de notre ciel personnel, les voies de notre repentir, notre retour. Je porte en mon âme la forêt obscure où se perd la voie droite, parcourue de lions et de panthères. Je porte en mon âme l'obscure négation de l'Ordre humain, reflet du tout et objet de vénération, et simple reflet, objet de perdition pour celui qui le prend comme totalité réelle, comme fin, et non comme signe, comme voie . Tout est tissé de signes et tout signe est voie dans les mondes . De cette négation prend sa source obscure la nostalgie ; par l'obscurité, par aventures et par quête commence le pèlerinage.

Le voie du combat est un royaume en soi-même.

Je pourrais désormais poser les divers liens thématiquement à travers leur archétype dans sa forme mythique.

Les types de lien entre principes des sexes. II. Version modifiée.


(http://www.ratemyeverything.net/post/8667/Rate_My_Body_Art.aspx)

La règle ferme et définitive qui règle les rapports entre époux est nécessité par la perpétuation de la lignée et de l'Ordre humain, participations de l'homme et de son corps aux espèces analoguées de l'éternité. Mais ce n'est pas le seul type de liens possible et tolérable, si la réflexion se porte sur le domaine politique. Le politique n'est pas un domaine séparé, mais il n'en est pas moins dans l'Âge de fer doté d'une certaine autonomie. Cette autonomie se marque déjà dans la Loi de Manou, mais on en retrouve des références claires dans l'Évangile. La difficulté du sujet me fait le renvoyer sur ces mots.

Les règles d'application des règles montrent que la loi n'a pas de validité infinie. Cette validité a des limites temporelles, géographiques, mais aussi hiérarchiques, et des exceptions de principes pensables. Le discernement est justement l'application subtile de la Loi, dont le maître donne l'exemple, car la règle est pour l'homme, et non l'homme pour la règle.

La question des types de liens d'ordre humain et sexuels, comme tout type de discussion sur un domaine défini des liens multiples qui forment le tissage des mondes, se résoud par l'application des règles principielles des liens à ce domaine particulier. En sorte que la question des types de liens entre le pôle masculin et le pôle féminin correspond à l'application locale de l'analogie principielle.

Je dois ici exprimer une réserve liée à la progression de la réflexion. L'analogie principielle, ou archétype, est l'analogie primordiale, à laquelle répondent la totalité des autres analogies analoguées sur elle, sur le modèle du tissage, activité archétypale dans l'art traditionnel. Mais cette analogie primordiale, qui correspond à la scène fondatrice du récit que re-crée le rite en la représentant, sur le modèle de l'Eucharistie, n'est peut être pas certaine dans tous les cas. Il se pourrait que le tissage tout entier d'une analogie soit circulaire et non hiérarchisé ; que seule la perspective d'une monade fasse de l'un quelconque le premier ; ou encore que certain tissages soient hiérarchisés et d'autres non, avec toutes les boucles et les recouvrement que permettent deux types non exclusifs. Cette réflexion amène aussi à dire que la représentation dans son mouvement est une structure archétypale, et donc que le spectacle en soi n'est pas exténuation de l'être-la société du spectacle ne doit viser qu'un type de spectacle, et il est des spectacles ontologiquement supérieurs à leurs acteurs et spectateurs. Le spectacle visé par la métaphysique de la virtualité est peut être alors une spiritualité à rebours. Ces questions sont fondamentales dans l'ordre sexuel, car le sexuel est fait de spectacles très puissants ; et que les analogies qui le parcourent sont fondamentales pour en établir le sens.

Dans le cas du couple humain, il semble que plusieurs archétypes se croisent, et qu'ainsi le couple s'analogue à plusieurs archétypes, soit selon les cas de couples, dont le Kama Sutra montre une typologie, soit simultanés pour un même couple mais emboités sur un modèle hiérarchique. Le fait d'être en même temps au même lieu n'exclut pas la pluralité des règles ; le singulier peut être en même temps le particulier de plusieurs mondes nomiques. Ceux-ci ne sont pas alors contraires, mais contradictoires, c'est à dire que l'entendement ne peut les pénétrer que successivement. La totalité est impliquée comme l'œuf du monde en un instant archétype ; mais l'explication du monde déroule la roue des temps.

Pour qu'un lien soit formé, les deux polarités doivent être opposées et complémentaires. Opposées, car sinon il n'y a pas de polarité, mais identité, et rien ne peut être crée, en particulier pas de lien. Ce n'est qu'une façon de parler, car le lien produit les polarités tout aussi bien . Cela correspond à la malédiction du figuier stérile. Complémentaires, en ce que chaque polarité déterminée produit par sa propre activité imaginale des images de l'opposé auquel il aspire pour connaître la plénitude, et donc toute polarité tisse des liens possibles qui doivent s'actuer. Cette plénitude attendue du lien est à la fois l'analogie de la plénitude archétypale à laquelle est destiné l'être humain, obscurément connue de l'âme ; et peut être le fruit d'une illusion, d'une mé-connaissance, qui fait que l'attente, l'anticipation imaginaire dans la rêverie, de cette plénitude a lieu dans une mondéité unidimensionnelle, que l'infini est attendue du fini . La plénitude que le mortel apporte par soi au mortel, aussi haute soit-elle est une plénitude déterminée, comme Boulgakov l'a bien compris dans « Le Maître et Marguerite ». Pour rendre justice à Boulgakov, cette plénitude finie peut être autosuffisante dans le mythe, sinon dans la réalité. Le prince charmant est une illusion, pas l'ami, pas l'amant de valeur et des jours.

De plus ces images produites, phantasmes, ne correspondent pas à l'objet véritable du désir, mais à une production fermée sur soi et son propre désir, c'est à dire là encore source d'illusion. Un fait qui rend si manipulable les hommes par l'économie du désir, est cette ignorance de l'objet du désir. Le désir de voir son désir dans les yeux d'un autre, le désir de dominer l'autre par son désir, mais aussi le désir d'être possédé, traversé par le désir de l'autre comme par la possession de moi par un autre, le désir d'être absorbé par sa puissance, le désir d'entrelac cru sur la chair se pare de paroles, de symboles fleuris pour se dissimuler à ses propres regards, plus encore pour la « correction morale » de la femme que de l'homme.

Le politiquement correct qui pose la toute puissance individuelle et le corps comme une propriété, et la nécessité d'un accord explicite pour l'œuvre de chair comme pour le mariage ne permet pas à notre civilisation de laisser être le caractère de transe, d'être autre que soi-même, de dépassement des limites individuelles de cette œuvre. Cela est particulièrement vrai de la sexualité féminine, encore plus obscure à la pensée moderne que la sexualité masculine, qui est au fond le vrai modèle de sexualité des féministes sexuelles, avec la logique de travail et d'épargne de la marchandise qui pousse les femmes à se valoriser sur le marché du sexe.

Ajoutons à cela, chez les gens de faible soif et de faible désir, le filtrage de leur attente par la censure morale, et la construction de la rêverie par les rêveries proposées par la société du spectacle, avec des images d'îles, de palmiers, de corps lisses et bronzés vêtus par Dolce et consorts ; et vous aurez l'incapacité de s'ouvrir à son désir propre, et donc à approcher ses images archétypales. Ainsi Virginie Despentes parle-t-elle de manière authentique de ceux qui refusent d'explorer leurs fantasmes de peur de savoir ce qui les touche réellement, ce qui les possède réellement, car le désir n'est pas sous la puissance du je, mais est une force qui n'est liée à l'ego que par la nécessité de cohérence de soi, et à postériori.

Il s'ensuit que cette production peut être d'une richesse et d'une pauvreté variable comme sont variables les êtres humains ; le hanneton désirant le hanneton, un artiste étant capable de produire une image universelle du désir d'autant plus archétypique et puissante que son génie propre est impacté par la forme universelle de la volonté de puissance. Ce génie propre qui est d'être comme le miroir et l'image de Dieu et donc des mondes, de n'être rien de propre, d'avoir une âme et une force sans avoir d'identité, car toute identité est négation. L'artiste de génie est un volcan dressé par la violence de l'expérience humaine, une guerre interne de désir de folie et de mort, de déchirement et de haut désir, comme on dit haut mal. A ce titre il peut faire pacte avec la cruauté, comme avec la vérité ; et cruauté et vérité ne s'excluent nullement dans le cas de l'homme.

Dans la formation d'un lien de règle sociale ferme et définitive lié à la perpétuation du lignage, de la langue et de l'Univers, les images produites qui entrelacent les amants avant de les conduire à ce lien inconditionnel ne sont pas seulement des images produites par leur creuset imaginal intime, qui correspond à ce que la tradition appelle leur étoile, l'archétype céleste qui porte la couleur spécifique de leur être ; ce sont aussi des images liées à leurs mondes et à leurs univers culturels, les images des bons pères et des bonnes mères, les images de leur milieux sociaux, de leur tribu, de leur famille, inscrites dans leur substance. La caractéristique du mariage est effet de créer un lien non entre des individus, mais entre des lignages, et c'est la raison pour laquelle le mariage est un acte politique, en plus d'être d'engager l'homme et la femme en leur privé.

Mais les personnes sont des tissages de tissages sur la hauteur, la largeur, la profondeur ; des êtres participant à d'autant plus de mondes hiérarchisés ou parallèles que leur volonté de puissance étend à l'indéfini des rameaux, comme des volutes de fumée s'élevant d'un feu dans l'air glacé, immobile, d'une aube des mondes sur la brûlure du soleil noir du désir. La vie de l'homme est comme la circumbulation des grands navires dans les mers du Sud il y a deux siècles, semées de désirs, de crapuleries, d'îles. Aussi les déterminations légitimes du monde de l'Ordre humain ne forment-elles qu'un des horizons que parcourt le regard du prédateur, avide d'horizon et d'envol. Car il a besoin de lettres de marque pour pouvoir revenir parmi les hommes après l'affrontement des grands vents. Sinon, il coupe les ponts, et devient proche de la bête sauvage, sur les falaises où les loups se vivent de vent.

Un Univers humain authentique, une civilisation ouverte à l'abîme, àl'Enigme, doit justement défendre les droits de tels hommes, sans en faire la règle du peuple, et même en l'interdisant avec rigueur. Une civilisation authentique ne peut avoir de loi universelle qu'en principe, mais pas dans l'enseignement ésotérique. Le Maître ne cesse de le manifester, entre sa défense de la Loi, et son acceptation de transgresseurs de la Loi.

C'est encore une faiblesse que de réaliser cette brûlure dans des mondes imaginaires humains produits pour permettre la domestication de la volonté de puissance, quand ils ne servent plus, aux temps de l'enfance, à ouvrir le jeune esprit à l'indéfinité des mondes qui scintille comme les écailles du Dragon. Ainsi le roman, un genre faux trop souvent ; et bien sûr les jeux, les spectacles comme le cinéma...tout cela tend à la pornographie ; la pornographie, c'est l'excitation apparente du désir, sa réalisation apparente, avec la réalité de la misère, de l'absence. Et très souvent de la répression et de la honte. Des hommes jouent la domination totale sur des femmes, mais ce sont elles qui dominent complètement leurs spectateurs, par le désir, et pour l'argent. L'entéléchie de la pornographie est celle du Système. C'est l'oubli temporaire de la réalité, l'opium par excellence. Les films d'action et d'aventure, ou de gangsters, sont structurellement dans la fonction de la de la pornographie, en ce qu'ils masquent la domestication réelle de leurs spectateurs par la jouissance du spectacle de la sauvagerie, de la puissance et de la domination.

L'analyse de la pornographie générale du spectacle, d'autant plus sexuel et violent que les spectateurs sont castrés et domestiqués, à l'image du peuple romain de l'empire privé des grandes conquêtes et des faits d'armes des guerres civiles, et nourri des cruautés du Cirque, cette analyse dit deux faits qui doivent être cachés par et pour le politiquement correct.

Le premier est la réalité du désir de violence sanglante, de puissance et de violence sexuelle que provoque la répression des puissances archaïques de l'âme, réalité qui devient spectaculaire comme puissance mise à profit par une politique totalitaire, ou simplement en période de guerre civile. Dracula en est la haute figure mythique, comme Mr Hyde. Car dans notre culture, cette source qui s'est insinuée sous le sol rejaillit comme fascination durable et exaltation culturelle du crime. Le crime est partout, dans les jeux, dans les images, dans les livres, le crime est un produit de consommation depuis Jack the Ripper au moins. Le romantisme noir et gothique est aussi un filet d'eau souterraine de ce type.

La répression du « ça » par le « surmoi », et le "ça" devenu inintelligible sinon par le biais de symptômes, mais sorti des mondes propres comme de l'Univers commun, n'est pas une structure constitutive de toute personne, mais une structure culturelle de l'Âge de fer . Plutôt que d'être réprimée chez l'homme noble, cette puissance archaïque, Dionysos ou la redoutable figure du Loup, est déterminée afin d'être mise au service de son entéléchie. Le vocabulaire psychanalytique de la sublimation ne peut cacher son inspiration alchimique refoulée...
L'homme noble se sait pécheur, et n'éprouve pas le besoin de se cacher le mal qui le constitue ; bien plutôt, ce mal est une puissance, une matière obscure qui attends la forme de l'Art.

Le désir du Loup ne doit pas être éteint mais doit advenir dans le réel. Là a lieu le vrai combat ; la les images des vains spectacles de l'imagination se confronteront au réel, à la lourdeur obscure de la matière, que cette matière soit terre, signes, symboles ou personnes. L' états multiples des types de liens permet de réaliser la multiplicité que porte l'homme, image des mondes. L'âpre saveur de la vie, l'odeur mêlée du sang et des roses n'est pas l'essence d'un ordre humain unidimensionnel, mais d'un univers de labyrinthes, et de miroirs, un étincelant kaléidoscope de glace. Je porte en mon âme la forêt obscure où se perd la voie droite, parcourue de lions et de panthères.

Le voie du combat est un royaume en soi-même.

Coetzee, père distant. Sur "Journal d'une année noire".


(J.M Coetzee...écrivain...)


Dans « journal d'une année noire » Coetzee montre à la fois un sens supérieur des devoirs envers l'être humain, de la fraternité humaine, parfaitement valable, et une culture anglo-saxonne qui l'acheminent au désespoir, mais aussi à la passivité. C'est cela même que nous ne pouvons pas admettre, d'attendre passivement la mort. Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre !


Tout homme de culture, je le crois, ne peut que regarder notre monde qu'avec un mélange de dégoût et de désespoir. Ce regard d'étranger est commun aux XIXème (on l'oublie) et XXème siècles, à la tradition romantique, à Baudelaire, à Flaubert comme le note Coetzee lui même,à Oscar Wilde, à la gauche marxiste, à Céline, Boulgakov, à Guénon comme aux situationnistes, à H.G Wells comme aux beatniks, à Lasch et Michéa, et même à ce qu' a de meilleur, qui n'est pas mauvais, ce pauvre Houellebecq. Cette étrange communauté des hommes sans patrie, des hommes du symbole et du verbe, aussi éloignés, ennemis, ignorants les uns des autres sur les archipels des antipodes, est cela même qui nous montre la voie du tissage, du relais de l'appel de Stefan George au peuples des extrêmes. Ce n'est pas par nature que l'homme noble est dans l'extrême dégoût du siècle ; c'est bien plutôt parce que le Siècle appelle le dégoût, et que l'anomalie est de ne pas le ressentir. Aussi le dégoût de Coetzee est-il patent, explicite. Là dessus, dans la partie négative, critique, nous ne pouvons que nous accorder à lui. Mais comme beaucoup d'hommes de culture, d'hommes qui vivent par la voix des peuples et des siècles, pour qui la vie est une érotique et une métaphysique autant qu'une lutte pour la vie organique, Coetzee est désarmé autant que Flaubert face au monde moderne, de même que les clercs furent désarmés face à l'Encyclopédie et à Voltaire.


J.M Coetzee est un homme des années soixante, un homme de gauche ; un homme de désir qui ressent et explicite l'appel métaphysique du désir sexuel le plus cru ; un homme de lettres qui retient la grandeur de l'art et de la philosophie des siècles ; un homme sceptique quant au scientisme, et un homme qui qualifie de ridicule la théorie de l'évolution et développe un certain déisme. Il possède une reconnaissance institutionnelle, et par le marché, qui lui donnent une honnête aisance et une certaine assurance intellectuelle, au point de dérailler dans certains domaines.


Alors pourquoi manque-t-il à ce point de sûreté pour ne se ressentir que comme un homme en trop, qui doit poliment partir, mourir sans faire de vagues? Pourquoi est-ce si difficile dans le siècle de donner raison au cœur contre l'idéologie du siècle, pour reprendre les propres mots de Coetzee?


Tout d'abord, Coetzee est un Sud Africain de gauche qui porte une culpabilité, la culpabilité de l'apartheid. Cette culpabilité le rend particulièrement fragile face aux « victimes » modernes, celles qui se réclament telles. « Disgrâce »montre déjà l'incapacité d'une femme blanche à se protéger et à être protégé dans le monde rural sud-africain. Coetzee porte cette sensibilité, même vis à vis des vieux chiens. On pourrait qualifier Coetzee de type « hypersocialisé », avec cette lourdeur à vivre, et cette lourdeur à porter pour soi et ses proches la nécessité éventuelle de l'usage légitime de la violence. C'est ce qu'il appelle la malédiction ; et ce défaut le rend particulièrement lucide sur l'évolution tyrannique de la démocratie. De plus, Coetzee n'en n'est pas hypersocialisé au point de s'aveugler sur les usages de la violence parmi les groupes du territoire de l'Afrique du Sud. La culpabilité par rapport aux maléfices du passé est l'obstacle le plus universel de la guerre métaphysique.


Une autre partie essentielle de la réponse à la question du manque d'assurance et de combativité de Coetzee est que la culture anglo-saxonne dans laquelle baigne l'auteur l'empêche de dépasser le stade de la blessure pour en venir au stade de la guerre métaphysique, face à un monde qui est par essence la destruction de toute civilisation possible, et qui ne laisse à un prix Nobel de littérature de grande envergure que le statut d'un aimable et sale vieux petit bourgeois, surpris et gêné de dormir dans un hotel trois étoiles lors d'une conférence, et habitant un immeuble pour cadres dans un pays puritain et improbable comme l'Australie. Cet aspect, les limites critiques de la pensée anglo-saxonne classique, d'essence libérale, se revendiquant de Hobbes, Locke, etc, mériterait des éclaircissements très approfondis dont je ne donne que des exemples.


La pensée politique de Coetzee est celle de la version mythique du libéralisme pessimiste, lié (selon ses propres mots) au statut non réformable de l'homme. Parmi les versions de l'Etat libérales, deux sont solidement implantées. L'une est celle du Contrat social, dont Coetzee saisit bien le caractère paradoxal dès les premiers mots de son ouvrage : « toutes les explications de l'origine de l'État partent de la même prémisse : « nous »-non pas nous, les lecteurs, mais un nous générique si vaste que nul n'en n'est exclu-participons à son avènement. Mais en fait le seul nous que nous connaissions-nous même et nos proches-est né au sein de l'État, et nos ancêtres, eux aussi, sont nés au sein de l'État, aussi loin que nous remontions. Toujours l'État nous préexiste. » Remarquons d'abord que Coetzee ne pense le Politique que comme État, ce qui montre déjà un manque de conscience historique chez lui. Cependant l'objection est parfaitement valable et suffit à mes yeux à ruiner la théorie d'un Contrat originaire, en le rendant parfaitement mythique.

La constitution d'un nous ou d'un je déterminés susceptibles de poser les clauses d'un contrat à travers une langue commune ne peut se faire si une communauté n'est préalablement constituée. Le terme d'État lui est certainement historiquement daté.


Ayant éliminé la version du Contrat pour cause d'impossibilité logique-et il est vain d'inventer des fables pour poser des vérités-Coetzee en arrive à la deuxième version.Celle ci est excessivement simple et paraît déjà plus crédible. L'État est la création d'un groupe d'hommes armés qui par violence oblige les autres hommes à verser une part de leur production de richesse, et ainsi se garantissent une supériorité durable, en tant que professionnels de la violence. Ce modèle est lié à l'image du brigand. L'histoire en donne des exemples, comme « la Catalogne au tournant de l'an mil » ou un grand nombre d'autres études sur la société féodale, qui serait née de l'anarchie des grandes invasions. Les chevaliers, professionnels de la violence, auraient progressivement constitué l'ordre féodal de manière quasiment organique à partir des conditions de départ, avec l'appui et l'acculturation de l'Église. L'existence d'ordre féodal dans d'autres civilisations, comme le Japon, montrerait non pas la pérennité d'un modèle politique traditionnel, mais son caractère organique, nécessaire et spontané, toutes choses égales par ailleurs. Une telle conception est issue de la notion positiviste de stades de développement de la société humaine, et on la retrouve dans le marxisme.

Que des linguistes comme Benveniste aient retrouvé les trois ordres ou fonctions reconnues par la société féodale européenne dans la structure intime et ancienne des langues et des civilisations indo-européennes ne montrerai là encore rien de plus. Pourtant la chronologie pourrait aussi bien être interprétée comme montrant l'Ordre féodal comme alternative contemporaine à l'Etat durant de très longues périodes humaines, et capable comme lui d'assurer l'ordre sur de vastes territoires.


Je me contenterais de remarquer que l'ordre féodal n'est pas primitif, mais très sophistiqué ; et qu'il est par contre profondément étranger au modèle libéral, en ce que les règles qui régissent les relations humaines sont à la fois personnelles et réciproques, donc sans trace d'universalité ni de devoir abstrait.Et aussi que ces règles sont strictement hiérarchisées et font référence explicite au sacré.


Coetzee pour illustrer son propos sur l'origine de l'État par le banditisme utilise l'exemple Africain-qui montre non des naissances d'État, mais des dégénérescences de sociétés traditionnelles et d'État étrangers, exploiteurs et esclavagistes-mauvais exemple pour ce qui est d'une naissance! Et le film de Kurosawa « les sept samourais » sur lequel il multiplie les contresens de manière révélatrice au point de déformer complètement la fin de l'histoire et son enseignement.


Je le cite : « les sept samouraïs est un chef d'œuvre de l'art cinématographique, mais assez naïf pour traiter simplement de choses élémentaires. ». Ce type de discours est caractéristique d'une éducation positiviste. Il reconnaît à l'œuvre de pensée étrangère le statut de chef d'oeuvre-c'est la tolérance obligée-mais de chef d'œuvre naïf ; car ces sauvages sont de grands enfants, qui sont dans l'élémentaire. Pensez aux « arts premiers » et à tous ces mensonges de l'esthétique moderne. Ils ont certes une vigueur plus grande et plus puissante que nous, comme de jeunes animaux sauvages ; mais ils n'ont pas le recul de siècles de civilisation. Cette conception à propos de la civilisation japonaise est une sottise ethnocentrique classique. Cette civilisation n'est nullement plus jeune que la nôtre, et n'est pas plus naïve, sinon au regard de l'Anglo-Saxon qui pèse en terme de recul temporel et évolutif la différence d'autrui à lui même. Et donc ne peut le comprendre qu'a partir de lui.Le reste est tout simplement absent au regard ainsi informé, car la beauté est dans l'œil de celui qui regarde, comme le sens.


Cette perspective empêche tout efficace à la rencontre de l'Autre, et en particulier est une condamnation de toute curiosité métaphysique, de tout ce qui peut dépasser l'homme et qui du fait de ce dépassement des limites individuelles l'expose à l'angoisse, à la menace de la destruction. A contrario, l'homme des lointains métaphysiques est aussi l'homme des autres civilisations, en ce qu'il possède ce don protéiforme de boire à tous les calices sans se mentir, sans se fermer à sa perspective d'origine, sans errer sur les frontières des mondes. Alors ce même homme peut apprendre des autres mondes et des Autres mondes. Mais avoir ce don au plus haut degré ferme particulièrement à la compréhension par l'Âge de fer, en se montrant comme accumulation des plus grandes ténèbres à la lumière ténébreuses de nôtre âge. Et ce don permet la distance critique au système qui est justement indispensable à la construction d'une critique fondamentale de celui-ci . Mais comment diable dans ces conditions avoir ainsi le prix Nobel en anglais?


« En fait, « les sept samouraïs »ne nous présente rien moins que la théorie de Kurosawa sur la naissance de l'Etat » pose Coetzee avec l'aplomb que donne l'idéologie ignorée de son véhicule humain. En fait, il n'y a aucun fait dans le discours, ni dans le spectacle.Il n'y a que des signes à interpréter. Parler de fait n'est rien d'autre qu'usurper l'autorité du réel et refuser la laxité de l'interprétation. L'interprétation se valide dans l'horizon culturel où émerge l'oeuvre, sous peine de contresens. Là où Kurosawa voit l'Ordre, Coetzee voit l'Etat-réduction fatale, et naïve. C'est, je l'affirme, définir le sujet hors de son horizon de naissance. « L'Etat avait cessé d'exister » dit Coetzee ; mais ce qui avait cessé d'exister pour Kurozawa n'est pas l'Etat, mais bien la courtoisie et l'ordre féodal basé sur l'éthique des samouraïs. C'est à dire que conformément au Hagakure, le film présente non pas une époque de naissance, mais une époque de dégénérescence d'un ordre idéal et conforme aux sens humain le plus élevé ; il présente une réaction féodale dans une époque de déclin de cette ordre, dans l'Âge de fer. Et ceux qui mènent cette réaction sont parfaitement conscients que le temps de l'ordre féodal est fini ; car ils arment le peuple paysan et l'entraînent au combat de masse. Ces hommes nobles sont conscients de mener un combat désespéré, et de devoir mourir. Il n'y a pas que l'armement du peuple ; il y a aussi l'arrivée des armes à feu, utilisables sans la science du samouraï, qui tuent et le plus emblématique d'entre eux, et le premier d'entre eux, et d'autres encore, probablement tous.


Le film montre sans cesse que les préventions naïves des paysans, préventions que reprend naïvement Coetzee, et qui consistent à considérer les samouraïs et les bandits comme des puissances redoutables au fond identiques, sont inauthentiques. Les paysans cachent leurs femmes et leurs richesses, mais les samouraïs ne sont ni des violeurs ni des pillards. Les kimonos des samouraïs portent des symboles de l'ordre du monde, comme le lotus, comme une triplicité spiralée, symbole de l'Ordre du monde en rotation autour du centre, très proche du triskell breton ; le glaive est pour eux l'outil de la justice, non du crime. Un samouraï donne son or aux paysans. Des samouraïs distribuent du riz aux enfants. « Ayant compris comment fonctionne le système de protection et d'extorsion, la bande des samouraïs, les nouveaux parasites, font une proposition aux villageois : contre rémunération, (...) ils se substitueront aux bandits... ». Ce passage est une pure invention de la mémoire de Coetzee ; qu'il revoie le film. Cette invention de bonne foi montre comment l'idéologie informe, pollue même, notre perception et plus encore notre mémoire. La seule réplique finale d'un samouraï est « c'est encore un combat perdu. Ce sont les paysans qui ont gagné, pas nous ». Quatre sur sept sont morts ; quel serait la rémunération valable de leur sang? Où est le parasitisme du cimetière des samouraïs et des paysans morts au combat, visible comme une montagne dans le film, et sur lequel sont plantés leurs sabres? L'un des samouraïs est un menteur, un homme indiscipliné, un homme issu du peuple ; mais sa générosité et son courage, et surtout sa mort, font de lui un samouraï. La fin du samouraï est la mort, le Hagakure dit : « la mort est l'essence du bushido. ». Quelle rémunération peut être pensée dans la méditation de la mort? La réponse est qu'il n'existe pas de rétribution valable du sang d'un guerrier. Cet argument n'est nullement utilisé pour porter des prétentions élevées en termes matériels, et même en terme de dette morale. Les paysans oublient, pas les guerriers. « Les véritables gagnants sont eux » dit le chef des samouraïs en observant le travail des paysans. Notons que « Ghost Dog » de Jim Jarmush montre aussi ce décalage entre une homme qui veut vivre l'idéal du Bushido et la notion de rémunération, la logique du siècle.


L'Âge de fer est l'âge des paschus, de ceux qui placent la survie organique comme premier principe d'évaluation de la vie humaine, et conseillent à l'esclave l'obéissance, et même, quand son exploitation ou même sa destruction sont inévitable, de se faire des films ou des jeux vidéos où il sera un vainqueur. L'âge de fer est cet âge où l'homme noble devient un réprouvé. Coetzee je crois pourrait comprendre que l'humiliation de vieillir dans le mépris qu'il décrit est prévue et empêchée par le Hagakure, que je lui recommanderais de lire. L'homme vieillissant doit quitter le monde avant d'être humilié par lui. Cette vision des stades de la vie est une conception traditionnelle peu compréhensible aux modernes. L'âge doit permettre d'acquérir l'art de la préparation de la mort.


Ce changement de domination est inévitable pour le Hagakure. Le sujet des sept samouraïs est à rapprocher du sujet d'un autre grand film, français celui là, « La grande Illusion ». Ce sujet est la fin de la noblesse, l'entrée dans une ère où ce qui était le plus élevé dans l'homme devient grotesque aux yeux du monde et sert de prétexte à l'humiliation de ceux qui portent encore des vestiges de cette élévation, et pire, la vénèrent et la cultivent encore-au fond, et cela est le sujet même du livre de Coetzee. Et malgré le fouet que je viens d'administrer, je considère son livre comme très au dessus de la pensée moyenne du siècle.


Hormis les étonnants passages où l'auteur montre ses difficultés à passer à une pensée métaphysique, il perçoit très bien la fin de la reconnaissance de l'héroïsme ou du desespoir de l'adversaire, la caractère ridicule ou tyrannique des régimes « démocratiques modernes », à travers la cauchemardesque vision de Guantanamo, la négation impossible de la malédiction divine qui s'abat sur les criminels d'Etat, le caractère vomitif et puritain du politiquement correct féministe, l'incapacité et de la pensée et de la pratique de l'apartheid, comme de la pensée et de la pratique post apartheid à garantir la sécurité et la liberté de tous...sans parler de la fin même de la culture de la transformation et de l'élévation de l'homme dont il parle à travers la musique. La lucidité de Coetzee devient prophétique quand il soupçonne que l'Anglais moderne n'est pas sa langue maternelle, au sens où il se sent étranger à celle-ci. Je veux dire que le cours de ses pensées, mené à son terme doit lui faire quitter l'Univers anglo-saxon moderne, dont il montre l'exténuation de la langue sur des indices qu'il s'empresse d'ailleurs de minorer. Pour ma part je partage largement les constats qu'il fait, et cet aspect du livre est brillant, hors les naïvetés en partie signalées.




(T. Coetzee, à gauche mais on s'en fout, miss RSA, miss Univers...)


Le livre met en scène en plus l'humiliation de la pensée à travers le penseur, et par le désir qu'il éprouve vainement pour une jeune femme débordante de sexe et d'inculture, et un prototype assez réussi d'homme libéral, dont il envie la liberté de fourrager librement et fréquemment dans le ouvertures et les formes sublimes de la femme. Évidemment pour eux comme pour son éditeur, ce qui compte c'est que ces « opinions tranchées » ont une valeur sur le marché des idées comme « excentriques » et fabriquées par un « auteur célèbre ». Elles n'ont sinon aucune justification d'ordre supérieur, et même bien sûr elles sont foutaises et lubies de vieux. Ainsi la « validité » et l'auditoire de son livre, qui ne doit être publié qu'en allemand portant sur des sujets cruciaux du monde moderne, sont-ils promis d'avance au naufrage. Personne n'écoute. Certes l'auteur aimerait savoir comment avoir des pensées branchées, des pensées valables sur le marché ; et au fond il est prêt à toutes les humiliations malgré sa certitude que ses « opinions tranchées » lui viennent du cœur et non d'une étude de marché. Il est l'albatros sur le pont du navire, dont se moquent les hommes d'équipage.


Cet aspect me fait penser à « extension du domaine de la lutte » dans la thématique générale ; le magistère intellectuel ne permet plus l'accès au sexe, à la plénitude sexuelle, et ce magistère s'humilie devant des individus femelles incapables de mesurer la grandeur de leur victime, qui sont vues comme de vieux dégoutants quant ils cherchent la volupté et la passion nostalgique, l'intensité métaphysique de la vie. Le roi Salomon dans toute sa gloire pourrait-il aujourd'hui par ses psaumes et ses écrits traîner sa chair dans le vin et avoir des danseuses, délices des fils d'Adam? Peut être, mais alors après X ou Y que je rougis de nommer. Seule la fortune matérielle et la gloire mondaine assurent cette plénitude sexuelle en donnant enfin des indices socialement validés, compréhensibles par tous et reconnaissables d'incitation à ouvrir ses organes pour les jeunes femmes sexuellement valorisées. Plutôt que d'être prix Nobel de littérature, il est nettement préférable d'être ex- footballeur, banquier, acteur, chanteur, et surtout de passer à la télé régulièrement avec un rire de vainqueur etc, pour baiser vieux. On peut douter de la sincérité de l'intérêt culturel de nos « jeunes filles ». Accordons cela à Coetzee. Le terme « intellectuel » n'est pas encore partout une insulte, mais il l'est déjà chez les producteurs « culturels » de la culture industrielle.A vrai dire on n'en trouve plus en ces lieux, ou alors tellement culpabilisés qu'ils en sont impuissants.


Je termine sur ce livre du plus haut intérêt comme contenu et comme symptôme par un refus.


Premièrement, il n'existe aucune raison de se résigner, de considérer que la dégénerescence de la culture et de la musique sont des faits de progrès, des nécessités regrettables mais qu'il faut accepter pour ne pas finir vieux con. Les vieux cons sont ceux qui rejettent tout ce qu'ils sont pour paraître jeunes ; il ne sont, comme Yves Montand à la fin de sa vie, soutenant Reagan, que de pitoyables naufrages, même s'ils baisent. Pour ma part je ne suis pas vieux et je suis convaincu que l'on peut lutter contre les obscènes flots de conneries vides qu'on nous déverse, justement parce qui l'existe des hommes assez nombreux pour faire un milieu qui ne peut se contenter de nourriture pour pourceaux, même bien emballée. Le premier pas est de comprendre ce qui manque-les bases d'une civilisation humaine, rien de plus et rien de moins-et de cesser de croire au hasard ou à la nature, quand il faut de l'énergie, de la détermination, de la puissance, de l'art et de la ruse. Voyez l'histoire et le triomphe des Lumières ; et veuillez comprendre aussi que même les hommes des Lumières n'ont pas voulu ce siècle.


Deuxièmement, la puissance du sexe dans ce monde n'est nullement une donnée de nature mais une donnée construite par la « civilisation » de l'Âge de fer. En réalité des hommes, à savoir l'oligarchie dominante, ont accordé aux femmes de disposer de la pleine puissance du désir sexuel comme instrument de domination ; et ce fait n'est possible que par la protection de la force. Cette délégation de puissance de l'oligarchie dominante par le biais du désir fait du sexe un moyen politique de domination, de la frustration un moyen politique de domination, de l'humiliation une procédure commune de retour à l'ordre. Ce lien entre l'ordre réel de la domination et la frustration peut être argumenté. Deux tiers des prisonniers de nos prisons le sont pour des motifs de mœurs ; aux États Unis un père de famille, entraineur d'équipe de sport, peut faire dix ans de prison pour avoir lutiné une pom-pom girl de dix sept ans consentante dans sa voiture. La sévérité politique montrée sur ce genre d'affaires (il est bien préférable de trafiquer des armes ou d'escroquer la moitié de la planète, ou d'être complice de génocide ou de crime contre l'humanité, la peine est moins sévère) est un argument sur le caractère crucial de la politique de la frustration sexuelle, plus importante que la frustration de puissance et de reconnaissance sociale qui lui est d'ailleurs intimement liée. Deuxième point, l'exhibition de tous les objets du désir, exhibition publique de femmes nues, exhibition télévisée des tentations du sexe, industrie pornographique, parallèlement justement à cette sévérité judiciaire pourrait faire réfléchir les plus obtus sur le sens politique de ces phénomènes. Une telle délégation de puissance de l'oligarchie faite à la jeune fille n'est bien sûr nullement explicite, et encore moins gratuite ; et là encore nous sommes, nous analystes de la domination moderne, dans le terrain familier de la double contrainte. Nous de parlerons pas de l'exploitation de la femme par le Système qui se déroule sous le vocable de « libération de la femme ». En ce qui concerne la domination générale dans le Système, le désir donne l'illusion d'être porté au désir par soi-même, là où la construction de l'objet du désir échappe à ma puissance. De ce fait le désir, comme le besoin et de manière plus intime, plus totalitaire, permet de me faire obéir librement, de me faire assumer comme sujet et culpabiliser de mon obéissance en ce qu'elle s'accompagne d'un plaisir. Mais les menus avantages que donne un ordre de fer pour s'assurer l'obéissance ne doivent pas être confondus avec la liberté. Il suffit que l'ordre possède le droit de fait de m'humilier arbitrairement pour que ma liberté soit paroles verbales. pour A l'esclavage du salariat s'ajoute donc l'esclavage du désir, et dans le cas de Coetzee, de la culpabilité.


Une question qui mérite d'être posée est de décrire l'intérêt qu'a l'oligarchie dominante à mener et approfondir « la lutte contre les discriminations » dont la « libération de la femme » est un aspect . L'humiliation des porteurs de culture est un de ces intérêts parmi bien d'autres . Voilà un intellectuel Sud Africain, qui porte la culpabilité de l'Apartheid, qui s'humilie intimement de désirs vains de passion, passion sexuelle de principe sublime rendue pitoyable et ridicule jusqu'à ses propres yeux. Voilà un homme qui pourrait, par son savoir de saveurs dont l'accès est interdit par un puissant voile de silence dans le bruit général de l'hyperproduction d'information qui fonctionne parfaitement comme censure floue, représenter un risque pour le Système ; et grâce à la lutte contre les discriminations, le voilà doutant complètement de ce qu'il porte, et prêt à dormir comme un chien sur le canapé du salon, de lui même. Il a compris et intégré qu'il est de trop. Il est réduit de lui même à l'impuissance, et il l'accepte comme une fatalité.


Sans la force de l'Etat libéral politiquement correct, celui qui correspond bien à la description de Coetzee, qui le protège, cette puissance des jeunes femmes basées sur le désir n'est rien ; et c'est pourquoi ce problème, la domination humiliante d'une jeune femme sensuelle sur un vieux porteur des plus hauts savoirs de son temps et de sa langue, domination en plus retournée symboliquement puisque l'agresseur potentiel est le vieux dégoutant, et la victime potentielle la jeune femme et son petit bout de tissu rouge tomate, est une donnée qui n'a rien de fatale. Le sexe est l'instrument de domination par excellence de notre âge, où les dominants se parent des vêtements des victimes ; le désir sexuel est par des séries de doubles contraintes un des leviers de la tyrannie- et le puritanisme est le masque du désir. Voyez à ce sujet « King Kong théorie » de Virginie Despentes qui cherche à penser un féminisme, un sexe surtout, qui ne soit complice ni de l'Âge de fer libéral ni du puritanisme féministe . Don Juan est une figure de la rébellion . Coetzee est une figure du crépuscule de l'intellectuel libéral, qui a porté en lui même les obstacles à une guerre spirituelle de libération.


Cette année noire, cette disgrâce, ce déshonneur du siècle -cet Âge de fer, titre d'un livre de Coetzee, et une telle coïncidence ne peut le rendre entièrement mauvais- ne sont pas des fatum, pas seulement comme l'auteur le pose. Certes 2OO6 comme 2008 a été une année de merde, et 2OO9 fera mieux. Bien sûr, le réel est le critérium de la vie. La malédiction du siècle est réelle, mais nous devons vouloir avec violence et la malédiction et la rédemption. Coetzee ne fera pas la guerre, mais il sera sympathisant. Sinon pourquoi ce vieux con s'entête-t-il à vivre et à écrire, fort bien au demeurant?


Vive la mort!

Ethique négative.


(Walter Sickert 1906)

La réflexion sur le rôle du mal doit s'accentuer dans le projet d'un éthique négative. Les accusations concernant Man Ray (lié au meurtre du Dahlia Noir) et Walter Sickert(Jack the Ripper) doivent être éclaircies dans leurs enjeux. Il en va de toute pensée.

J'annonce que je commence une telle éthique négative ; et l'éthos doit passer aussi par la critique de la métaphysique de la subjectivité.

La chair, la mort et le diable rôdent dans la familiarité de la jouissance, de l'extase et de l'horreur totale. Dans ces ténèbres gisent des leçons de ténèbres.

Faire un faisceau de forces éparses.

(Félicien Rops, le sphinx)


Il est difficile à l'homme jeté dans la forêt obscure de la vie de tresser et forger les forces éparses sur les voies en carrefours.

Les joncs, les fibres d'écorce et de bois sanglants, les puissants tendons, les tiges oubliées des orchidées, les poils animaux, les plumes, le corps convulsé du Serpent, les hurlements du loup peuvent-ils être liés ensemble, la corde ainsi tressée peut-elle fixer, enlacer, capturer un puissant titan enivré de sa force?

La nostalgie divine peut elle s'enraciner dans la boue du désir, et la boue du désir nourrir les fleurs délicates de la neige et de la Lune?

Ainsi voit-on mourir le corbeau dans la neige, atteint d'une flèche acérée, noir des ses cheveux en entrelacs, forgés de fer, rouge comme ses lèvres entrouvertes, calice offert à la puissance, et blanc comme le paysage parfumé que parcourt le visage rêveur de l'amant.

Ainsi voit-on la neige dans les silences et les cavités spirituelles de la nuit, répondre à la neige des étoiles vacillant dans l'abîme, flambeaux du ciel.

L'orbe des ténèbres coule les lacs qui noieront dans l'encre, le fer et le feu le tissage des jours ; nous ne veillerons ni sur des idoles ni sur des attendrissements. Le fer et la pierre seront notre centre d'obscurité ; et jamais nous ne vénérerons l'illusion de l'intensité pour fuir le vide.

Établis ta cause sur rien, et vit la vie du vide pour trouver, comme les lierres du Kraken, la puissance patiente d'étouffer la proie. Un temps et les demeures cyclopéennes des Géants furent cendre ; un temps et les constructions de l'homme sont mangées des vers.

La proie- ou la mort, telle est la loi du carnivore. Je fonde ici l'ordre de la Griffe, en souvenir de l'ombre du Loup céleste, qui poursuivit et dévora le Soleil.

Viva la muerte!

Nu

Nu
Zinaida Serebriakova