Être loup, ou le silence des forêts en hiver .

(Austin Osman Spare, the vampires are coming)


Il faut dire la vérité sur ce que peut être un ordre développant la puissance spirituelle d'affronter le Léviathan du monde moderne . Dire la vérité, car il s'agit bien de vérité . Pour être le ciment d'une société humaine, il n'existe que peu de ce que Luhmann nomme des médias de communication symboliquement généralisés, c'est à dire l'expression de la puissance de l'unification, quand le développement de la complexité sociale, la multiplication des sous-systèmes fonctionnels, est corrélativement le développement de puissances de dissolution, de fragmentation à l'infini . De ces contenants de la guerre civile en puissance qu'est une société humaine, de ces médiations symboliques de l'unification, il n'est guère que le droit, le pouvoir, la vérité, l'argent, le Spectacle, l'idéologie .

Les média de communication symboliquement généralisés suivent une évolution inverse du développement de la complexité sociale .

La complexité sociale renforce les spécialisations, c'est à dire l'isolement des sous-systèmes psychiques . Ceux-ci deviennent de plus en plus impuissants à porter la totalité sociale en image impliquée en eux-même, sous la forme de la vérité .

Le règne de l'argent, comme média de communication symboliquement généralisé, est le signe de l'abandon du langage et de la vérité comme mode premier et principal de l'unification communautaire humaine . Le règne de l'argent est celui de la société post-culturelle, règne évident dans le monde moderne . L'argent est une voie de simplification indéfinie du codage social, du ciment de la société, ciment résumé à la quantité . Le codage s'exténue vers le néant de l'absurde à mesure que la communauté réelle des hommes, dans le processus de complexification et donc de division à l'infini des sous-systèmes, liée au développement des forces productives, s'exténue elle-même vers le néant quantitatif .

Autant dire que la pensée de Deleuze est parfaitement fonctionnelle à ce processus de décomposition, représenté dans le spectacle du verbe magistral comme une libération - libération parfaitement illusoire, comme si le vol d'un oiseau pouvait être libéré de la résistance de l'air .

Le processus du nihilisme, ou désenchantement du monde, est - autrement dit - identique à la transition de la vérité symbolique, comme mode de tissage de l'unité communautaire, vers l'argent et le quantitatif – mode quantitatif d'unification que représente la démocratie moderne comme concept de consensus . Le règne de l'argent et la démocratie moderne sont des miroirs fonctionnels l'un de l'autre . Comme l'argent, la démocratie moderne ne présuppose aucune autre communication entre les hommes que la quantité comme référence symbolique réduite au plus infime dénominateur commun .

L'argent, le vote, la fortune remplacent réellement le langage comme fondement de l'unité des hommes – et ainsi l'absence de toute pensée politique, le solipsisme et les illusions de la toute puissance du bloom se réduisent dans l'individu à une absence de construction symbolique des limites de l'ego, c'est à dire une forme généralisée de ce qui autrefois était considéré comme des formes pathologiques de constitution de la personnalité .

Dans la mentalité antique, le temps donné au travail productif, méprisable, n'était donné que comme réserve préalable à la pleine jouissance de la vie liée aux autres hommes, au langage, à l'amitié, la vie de citoyen, à l'amour . Nous nous représentons encore parfois le travail comme étant la recherche de moyens d'existences, et la vie réelle comme le loisir résiduel . Mais ce n'est pas le fonctionnement réel du travail social moderne . Le travail social moderne n'est que le travail comme essence de la vie, puisque la vie communautaire réelle s'exténue indéfiniment ( il n'est que de comparer la vie sociale des temps passés de la fréquence moderne de longues périodes de solitude dans la vie des hommes ) . La communauté humaine moderne ne devient que mesurée à la quantité, à l'argent . L'Union Européene n'a pas d'autre langue commune que sa monnaie . Le travail productif et le service de la quantité deviennent la seule sociabilité résiduelle, sans pour autant pouvoir servir, comme dans la sociabilité ouvrière communiste, de support d'un sens de la vie .

Il n'est rien à attendre de ce monde que de mourir à la tâche de produire et de consommer . C'est quand nous aurons compris cela, c'est quand nous aurons levé toutes les illusions résiduelles sur le Système, que nous aurons compris que nous n'avons rien à perdre de la chute du mythe libéral . Perdre quoi ? La seule peur du vide, l'absence de tous les cadres du Système – et la dépendance matérielle de tout homme dans le Système, puisque le processus de complexification des forces productives est identique au processus d'hyper-spécialisation des sous-systèmes psychiques, et donc de l'intensification de la dépendance de chaque homme, maintenus dans l'immaturité, incapables de penser leurs emplois dans leur globalité fonctionnelle, de construire leur logement, incapables de cuisiner sans parler de produire leurs aliments, incapables pour la plupart de prendre des décisions simples et vitales - incapables même de s'accorder à leur propre désir, sans immenses efforts – il n'est que de voir l'esprit de troupeau des masses du monde moderne, ou les simagrées des modernes «gender philosophes » sur le consentement sexuel .

Dans ce contexte d'exténuation des liens autres que les liens d'argent, de Spectacle et de quantité à travers le sondage et le vote, comment penser que le préalable d'un mouvement révolutionnaire soient les principes quantitatifs modernes, dit « démocratiques » ?

Le principe même du vote dans un mouvement d'Avant-garde est de poser que la vérité, comme média de communication symboliquement généralisé, c'est à dire comme principe d'unité d'un mouvement révolutionnaire, ne peut être le plus puissant parmi les hommes du mouvement . Mais au contraire, que l'opinion du plus grand nombre doit recevoir ce rôle de principe directeur de la communauté marginale . Pourtant un mouvement dissident doit s'appuyer sur quelque puissance qui le dépasse et qui l'entraîne, sur une puissance verticale - sur la vérité, analogue dans le verbe des hommes du Soleil invaincu . Telle était la position la plus normative des Avants-gardes de l'Est avant 1945, par exemple . Soutenir le principe électoral dans l'Avant-garde, cela signifie que dans le mouvement les idées les plus aisées, désirables et confortables à soutenir à partir de l'imprégnation idéologique des membres, imprégnation laissée au Système, doivent dominer le marché idéologique crée par le vote dans le mouvement . Le conformisme au Système du résultat est prévisible .

Par ailleurs, la puissance quantitative, par hypothèse, appartient finalement au Système : le principe démocratique dans une organisation révolutionnaire suppose que le Système doit être affronté avec ses propres principes, et sur le terrain où sa puissance est la plus grande . Autant dire qu'un tel « mouvement révolutionnaire » ne pourrait être ainsi qu'absolument inoffensif .

Par définition, des positions d'avant garde ne peuvent naître comme étant celles du plus grand nombre . C'est la puissance de la vérité qui permet au résistant isolé de faire face aux plus immenses puissances de répression, à la torture et à la misère ; c'est la puissance de la vérité qui permet à Marguerite Porète de refuser de se soumettre à ses juges . C'est la vérité encore qui permet à Sophie Scholl, de la rose Blanche, de proclamer que tous ces aryens qui la jugent, qui se vantent d'être forts et sans peurs, sont en vérité terrorisés par un Système policier qui les enchaîne dans des crimes sans noms . Il n'est ni dissidence, ni résistance sans vérité . La vérité est l'arme infime des temps .

La question de la vérité n'est pas une question politique . La politique doit se soumettre à la vérité . C'est l'espoir d'un règne de l'être, et non du Spectacle . Car sans vérité, il n'est pas de loyauté, et donc pas de lien inconditionnel . Un tel renoncement relève des renoncements que le Système voudrait sans gravité . Mais si, c'est très grave . Le vrai n'est pas ce que je veux . Le vrai est ce qui est .

Comment se nommait la stratégie du Mahatma Gandhi ? Elle s'appelait le Satyagraha, le « se tenir dans la vérité » .

Abandonner la vérité pour le vote, c'est donner raison à César, à Ponce Pilate . C'est poser la question préalable : « la vérité, combien de divisions ? » . La gravité réelle d'un crime ne dépend pas d'un vote, ni d'un nombre .

Écoutez ces propos d'un militant "socialiste" sur l'idéalisme dans le P.S : "L’idéalisme militant se heurte à un constat simple : les partis sont des organisations humaines et, en tant que telles, sont travaillés par des logiques et des tensions communes à toutes les organisations humaines. Ambitions. Arrangements. Passe-droits. Combines. Haines personnelles. Cliques et bandes. Oligarchies internes. Etc"...Voilà ce qu'est un parti politique : une petite réplique de l'oligarchie dominante, et une réplique de l'idéologie dominante, adaptée à un style de public fonctionnel au Système .

Quel est cet idéalisme militant, sinon un idéalisme sans affrontement du réel ? Car s'il voyait la vérité, la réalité cruelle sans ses masques du commerce électoral de la représentation, il ne serait pas la victime pitoyable du Spectacle et de ses illusions . Il saurait qu'il n'y a pas d'idéalisme authentique dans les organes fonctionnels du Système .

Il est deux faces que l'usage nomme idéalisme, parmi tous les visages possibles de ce mot parmi les hommes .

Il est l'idéalisme débile et impuissant, fils de l'idéologie racine du Système, de l'idéologie moderne . Enflé de ses certitudes vides, il veut à toute force rendre réel un ensemble de représentations de la justice et de la vérité qui sont sans enracinement puissant dans les mondes . Il en est ainsi de la lutte contre les discriminations, quand elle prétend rendre égaux, par exemple, le Maître et le disciple .

Le Maître est ce que veut devenir le disciple ; dit autrement, le Maître est en acte ce que le disciple est en puissance . Le disciple est l'image et la ressemblance du Maître ; et les Maîtres Tantrika, comme le démiurge souffle dans l'argile rouge d'Adam, soufflent dans la bouche de leur disciple pour leur seconde naissance . Le maître est la preuve sensible de la puissance de la Voie, l'Orient du disciple . En vérité, le Maître est disciple de son disciple, et le disciple maître secret du Maître ; il y a une rotation permanente des pôles, et des inversions des pôles .

Les positions hiérarchiques des pôles sont le secret de la puissance de transformation qu'ils véhiculent . Ainsi le fidèle d'Amour rend-t-il un culte à la Dame, car c'est l'écart entre lui et l'objet de son Amour qui crée le Soleil invaincu de la Vita Nuova, de la Vie Nouvelle . Sans le creusement de ce culte, de cet abîme d'amour hiératique, le feu du Désir ne peut atteindre Celui qui fait mouvoir le Soleil et les autres étoiles . Mais cet immense amour ne rend pas l'amour désincarné . La rotation des pôles plonge ce qui est en Haut dans l'argile rouge de la chair, et ainsi la forme, le rythme, le souffle s'incarnent, et forment la rose, l'alliance des mondes d'en Haut et des mondes d'en Bas . Il est une alchimie hiératique de la chair que permet l'intensification des contradictions verticales ; mais ceci ne peut être compris que des amants du Fin'amour .

Les positions hiérarchiques des pôles sont le secret de la puissance de transformation qu'ils véhiculent . Le caractère unidimensionnel du processus électoral, qui rend le préjugé le plus obtus égal à la perspective la plus profonde, est un processus comparable à la réduction massive des liens à la mesure de l'argent, au fétichisme de l'argent comme langue babélienne des hommes modernes .

Il est un processus d'aplanissement vers le bas, et le miroir du mépris de l'intelligence et de la vérité caractéristiques du Système, qui veut remplacer le langage comme puissance d'unification de la communauté humaine par l'argent et l'employabilité - accomplir la réduction de l'homme à sa fonction dans le processus de production . Réduire les polarités de l'être en acte et de l'être en puissance, qui est la puissance indéfinie du désir dans le monde, est le miroir du caractère fonctionnel du processus électoral dans le processus global du nihilisme – il s'agit d'enfermer les perspectives des hommes, qui s'appuient sur une indéfinité de mondes, dans les perspectives étriquées du développement indéfini du Système – de fermer la dimension verticale pour maintenir dans l'esclavage de la production matérielle .

Il est toujours possible, comme la plupart des oligarques, de se la parler local, pragmatique concret, pour faire comme si la perspective unidimensionnelle typique du Système était au fond la seule manière réaliste d'aborder les problèmes nés des contradictions du Système . Mais les mots sont abstraits, universels, théoriques, même ceux-là, "concret", "pragmatique" . Ces discours se la racontent, et mentent . Doit-on avoir honte de penser et de lever la tête ? Les lumières ont-elles été moins concrètes en 1789 de s'être voulues universelles ? Marx a-t-il moins bien compris le Système de se vouloir théoricien, et les marxistes n'ont-ils pas déployé une immense puissance concrète ? Ne voyez vous pas que ce mépris de l'intelligence partagé entre les oligarques et certains « indignés » est un héritage de l'éducation dans le Système – est fonctionnel, est la plus solide des chaînes pour un mouvement révolutionnaire ? Réfléchir, c'est déjà désobéir .

L'idéologie racine produit des exigences impossibles, et en particulier la volonté de rigoureusement tout réduire à des perspectives unidimensionnelles au nom de l'égalité .

L'idéalisme de l'idéologie racine n'est que le constat de l'impuissance de la volonté des hommes d'or de tout réduire à leur horizon unidimensionnel de mangeurs de poussière, leur impuissance qui les fait mordre Ève au talon . Cet idéalisme ne peut invoquer l'acte de la puissance, la fleur des mondes . Il n'est pas vrai, donc sans aucune justice .

Ce qui est faux ne peut être juste - à moins de croire que la justice ne soit que le caprice de la volonté souveraine de l'homme . Ce qui est juste est vrai ; et tout homme le sait, au fond de lui-même, dans le silence de l'intériorité . Ce qui est juste n'est pas crée comme juste, mais reçu comme juste dans le cœur de soi, reflet de la justice au cœur du monde . Ce qui est juste s'enracine dans l'expérience, la vie, le souffle de la puissance .

L'idéalisme idéologique moderne, celui de la « lutte contre les discriminations » fonctionnelle, des Gender Studies, des antispécistes, est impuissant, car ses vaines imaginations ne peuvent s'incarner ; jamais le chien ou la crevette ne pourront défendre leurs « droits égaux » à l'homme . Impuissant à s'incarner réellement, cet idéalisme vide finit dans l'amertume et le ressentiment caractéristiques de la psychologie du puritain, qui ne cesse d'appeler au renforcement de la puissance de l'État et à la répression, pour imposer de force son idéalisme frelaté et fonctionnel . Il relève de la sottise de croire possible le fonctionnement démocratique des institutions démocratiques modernes, qui sont la façade de la domination oligarchique du Système depuis l'origine . Il relève de la sottise plus grande encore de croire qu'un mouvement révolutionnaire d'avant garde, minoritaire, affrontant la plus grande puissance humaine de tous les temps dans l'ordre matériel et spectaculaire, peut s'encombrer de mimer l'impuissance politique des sous-systèmes fonctionnels de l'ordre dit « politiques » dans la constitution du monde posée par l'idéologie racine .

Les États démocratiques eux-même, pourtant si lourdement armés en toutes choses, sont ridiculement impuissants face au Système . Que peuvent peser des organisations d'amateurs narcissiques se dévorant entre eux pour des motifs futiles, émotionnels ? Que peuvent peser des organisations jugeant essentiel d'écrire sur tous leurs documents militant(E)s, citoyen(nE), dépourvus de la moindre formation sérieuse sur le Système ? Comment tous ces fatras spectaculaires pourraient-ils être autre chose que de pures illusions « politiques », des divertissements offerts par le Spectacle à des « idéalistes » dignes d'être publiés dans des reportages de Elle ?

Il faut dire la vérité : de telles « organisations » ne peuvent être que vanité et poursuite du vent . Affronter le dragon du Système doit dépasser, ignorer de tels « idéalismes » .

Nous voulons l'idéalisme radical de celui qui comprend, après le Hagakure, que toute la valeur martiale d'un homme réside dans son fanatisme, et décide de développer méthodiquement son fanatisme pour affronter une situation extrême, la situation du dissident isolé face à un Système mondialisé aspirant à la toute-puissance - l'idéalisme du résistant et de l'aristocratie révolutionnaire .

Ce fanatisme est un fanatisme sans croyance . Cet idéalisme enraciné dans l'Enfer est déconnecté de toute foi, de toute espérance immédiates . Il sait que l'objet de son affrontement est d'une capacité à l'écrasement qui le dépasse radicalement en tant qu'individu ; il sait que seul il n'est rien en tant que puissance, et qu'il doit d'abord régner dans son fors intérieur – que régner dans son fors intérieur est déjà un acte puissant d'exil du monde triomphant de la Bête . Dit autrement, il sait que seule la solidarité et la loyauté inconditionnelles à une cause, la foi à une puissance bien supérieure à sa vie misérable, la vérité, la Cause, peut triompher de l'énorme puissance qu'il affronte .

Seul, il ne peut affronter la Bête . Mais par le savoir de sa vacuité, et le recentrement intérieur dans la puissance qui le dépasse et vit à travers lui, il n'est rien qu'il ne puisse affronter, l'incendie dévorant, une vague immense, la chute d'une haute falaise . Tous les jours, il faut se penser déjà mort, dit en ce sens le Hagakure . Passé le pas de sa porte, l'homme est parmi les morts .

Le Samouraï plonge entre les mâchoires de la mort pour trouver sa propre essence, dit encore le Hagakure . La méditation pour soi-même, comme celle d'Epictète, le creusement de l'anéantissement de l'homme dans le Système est la Voie de la puissance des dissidents et des résistants, depuis l'aube de la tyrannie . Nous n'avons rien à perdre, et c'est la voie de l'intensification d'une puissance redoutable, de la puissance des loups .

La démocratie est un idéalisme faux et menteur, de force débile, de fin de race et de fin de monde...L'idéalisme militant exige une aristocratie révolutionnaire disciplinée, hiérarchisée, silencieuse, sur le modèle léniniste, plus encore sur le modèle d'un ordre . Aucune grande action n'a été accomplie par une organisation passant plus de temps à débattre qu'à combattre, même dans l'ordre de l'intellect, ou l'éristique développe la puissance idéologique .

Mieux vaut une horde de chasseurs, une horde mongole, qu'une assemblée générale moderne . Et une telle organisation est aussi souple, adaptable, impitoyable que les muscles et la mâchoire d'un loup . Aucune organisation de conquête, aucune organisation de résistance, aucune organisation de dissidents, aucune organisation secrète d'une hérésie poursuivie par une police meurtrière n'a jamais été démocratique .

De telles organisations ne sont pas non plus des dictatures, en aucun cas . Elles sont des organisations informelles, basées sur l'honneur, le lien inconditionnel, la parole donnée, la conscience de sa valeur et de ses limites . Dans les partis modernes, des individus médiocres, minables, peuvent atteindre indéfiniment leur niveau d'incompétence ; de véritables incapables peuvent aspirer à de hautes fonctions, et parfois avec succès . Cela est permis par le vote et par la manipulation .

Dans une horde, chacun peut parler pour les grandes décisions, mais aussi chacun parle avec l'autorité de qu'il est, ni plus ni moins ; chacun parle au nom de la vérité qui réunit les hommes, au nom de l'idéal . Dans Beowulf, on lit comment un guerrier en fait taire un autre dans le Hall du Roi : « mais tu as tué ton frère, ton proche le plus cher, toi ; c'est pourquoi l'Enfer t'es promis, malgré tes propos retors » . Dans l'Athènes « démocratique » comme dans la société féodale, le premier qui décide de la guerre doit être le premier à mettre son corps en danger en bataille ; et celui qui emprunte pour l'État garantit l'argent sur sa fortune . Tu veux accueillir des hommes chez toi ? Fais-le le premier . Dans les organisations modernes, les décisions sont déliées des responsabilités ; et je pose que le principe central d'une organisation dissidente doit être que le pouvoir doit s'accompagner de responsabilités proportionnelles, et directement liées au pouvoir .

Chacun ne doit parler que dans le mesure de ce qu'il est, ni plus, ni moins . Quand on ne sait pas, on peut poser des questions avec respect, mais sûrement pas se prononcer . Il est ridicule de voir des hommes ignorants faire des propositions inutiles, vues et revues, naïves, et monopoliser la parole dans des réunions qui se doivent d'être efficaces . Je répète : il faut poser aux hommes des questions de ce genre : qui est tu, et quelle est ton expérience de ce dont tu parles ? A ceux qui protestent de leur droit à l'expression, il faut rappeler le droit de ne pas écouter – tu as droit, frère, d'aller d'exprimer ailleurs . Crois-tu que nous soyons réunis pour permettre ton expression, ton épanouissement personnel, ou pour servir une cause, même si le ressenti de ton épanouissement et ta légende personnelle doivent en souffrir ? Ton estime de soi ne me concerne pas . Avant de parler, montre par tes actes que tu es digne de parler .

Ce que je dis est également valable pour le net, pour les forums, et toutes ces occasions de bavardages inutiles . Je refuse de discuter des arguments naïfs, ou des susceptibilités de personnes . Ce qui est vrai n'a pas besoin d'être défendu – expliqué, rien de plus .

Chacun doit savoir se taire quand cela est juste, et chacun doit savoir obéir avec une conviction absolue quand cela est juste, et que la décision est arrêtée . De telles compétences sont infiniment plus essentielles à la dissidence que toutes les proclamations et les manifestes qui pullulent partout .

Nous autres dissidents, révoltés, rebelles, nous n'avons pas de patrie . Il n'est plus de patrie, de ce corps blanc des amoureuses, de cette terre où planter ses racines, et aimer les hommes, et tout ce qui a le souffle de vie, et le sang, et la sève . Il n'est plus que des causes, et le ciel nu - le bleu de l'abîme vertical au dessus de l'homme .

La guerre spirituelle contre le monde postmoderne, la petite guerre, et la grande guerre spirituelle ne sont pas des lieux de débats indéfinis sur les désirs, les rêves vides, ou le narcissisme des blooms, des hommes modernes dans leur déréliction réelle et leur toute-puissance de carton . Il est vain d'argumenter comme le vent se lève . Il n'est plus le temps des débats. Il faut partir, lever les voiles, au souffle des étoiles et du Soleil noir .

La parole des Maîtres crée de l'être . Il est noble de ne pas se plier devant la puissance du Système ; il est noble de s'incliner devant un maître . Il est noble de pleurer de reconnaissance . Dans la guerre, le bavardage qui ne montre pas le plaisir de vivre est une censure de la profondeur par le bruit .

L'instant présent peut être le moment crucial . Le moment crucial peut être le moment présent . Le Kairos est la rencontre du temps et de l'éternité, le temps du silence .

A l'instant suprême, l'homme noble sait que s'il faut choisir entre se taire et parler, il est préférable de se taire .

L'ordre est le silence de la fin des cycles, des tourbillons du monde . Le silence des forêts en hiver. Nous devons désirer être des hommes de l'ordre du loup .

Le silence des forêts en hiver est le sourire silencieux des promesses du printemps .

3 commentaires:

Charles15 a dit…

Nous savons l'inépuisable beauté du monde et les multitudes de nos êtres combattent. Merci. Je prends plaisir à vous lire. Je me permets de joindre le lien de mon propre blog: http://lesflechespales.blogspot.com/
Pourquoi pas, pourrions nous entamer un dialogue. A bientôt

lancelot a dit…

Déjà, je vous met dans les liens, vous opérez des rencontres qui ont lieu, entre moi et le désert...
A très bientôt !

Libertins-Idylliques et autres sensualistes a dit…

Monsieur,

Le Journal d'un Libertin-Idyllique vient de paraître en édition numérique.
Le livre, au format poche, est lui disponible ici.
On en trouve une présentation sur le blog du Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux.

Des recherches sur l'amour et le merveilleux, des Libertins-Idylliques : on le voit, nous n'avons pas craint de flatter le goût de notre délicieuse époque et de nos exquis contemporains.

Seuls les pervers, et, également, ceux que le sentiment de l'absurde aurait pu gagner (on se demande bien pourquoi !), pourraient trouver à y redire puisque ce Journal contredit, bien parfaitement, à la plus abominable des perversions modernes qui est, nul ne l'ignore, « la honte de paraître ingénus si nous ne flirtons pas avec le mal », et que l'on y découvre, à la lecture, que « le contraire de l'absurde n'est pas la raison mais la joie ».

Avec nos salutations.

Nu

Nu
Zinaida Serebriakova